L’Irlande du Général

 

 

 Monsieur  Marcel BOGI   ancien 1er adjoint a la mairie de BANDOL  membre de notre association depuis de nombreuses année en visite en Irlande sur les trace du General de Gaulle nous a fait parvenir  deux photos. Merci a lui.

 La sculpture sur pierre commémorant la visite du président français Charles de Gaulle en 1969, north square, Sneem, comté de Kerry, Irlande

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Voici le texte inscrit sur la sculpture                                                                               » En ce moment grave de ma longue vie j’ai trouvé ici ce que je cherchais:             Etre en face de moi même. L’Irlande me l’a offert de la façon la plus délicate.        La plus amicale .                                                                                                               18 juin1969″

Un peu d’histoire……La halle de verre futuriste rappelle peu les hangars et la piste sommaire qui voient atterrir le Mystère 20, ce 10 mai 1969. Il est 10 h 30. Le comité d’accueil est restreint. « S’il y a foule, il est capable de redécoller « , avait prévenu l’ambassade. « Welcome home ! » risque la délégation – car notre homme a un point commun avec le célèbre brasseur Guinness : il a des ancêtres chez les McCartan, un clan du sud de Belfast.Ce visiteur flanqué de son épouse, c’est de Gaulle. Il n’est pas en mission officielle, et pour cause : à la suite d’un référendum défavorable, il vient de démissionner. C’est sur la terre des ancêtres qu’il compte lécher ses plaies.

Entre deux messes, Charles et Yvonne font leurs 4 à 6 km de promenade quotidienne, détaillant ce décor de genêts et de murets croulants, de ponts de pierre griffés par les ronces. Si, comme eux, on prise la botanique, on est à son affaire sur cette côte qui, à toutes les nuances du vert, ajoute les pointes vives des rhododendrons, des arbouses, ou l’éclat rarissime d’un lis blanc du Kerry. Magnolias, palmiers, fuchsias : les chaleurs du Gulf Stream éveillent les luxuriances exotiques.

Au volant de sa Mini Morris, Flohic, l’aide de camp, reconnaît à l’avance les itinéraires, calculant toujours une issue si un photographe venait à surgir. Malgré ces précautions, des reporters locaux, Joan et Padraig Kennelly, feront la « couve » de « Match », avec le couple à genoux à la messe de Sneem et, célèbre entre tous, le géant blessé arpentant la grève venteuse de Derrynane, trop grand dans son pardessus.Une fois de Gaulle « dans la boîte », la presse passe à autre chose. C’est sans encombre que le vieux soldat visite les curiosités incontournables du comté; la rude enceinte ronde du fort celtique de Staigue, la demeure lambrissée de Daniel O’Connell, à Derrynane, justement. Sur ce pionnier de l’indépendance du XIXe, le Grand Charles en sait autant que le prof dublinois venu lui faire visiter : dès l’enfance, il a lu et relu sa bio, « Le Libérateur de l’Irlande « , dont l’auteur n’était autre que… grand-mère de Gaulle !La gifle à Robert Mitchum

De village en bourgade, on poursuit sur le fameux anneau : le front de mer à Waterville, la lande à Portmagee donnant sur l’île sauvage de Valentia, Glenbeigh, dérapée au pied de sa montagne trop lisse. Les de Gaulle déménageront dans l’ancienne laiterie du manoir de Kenmare, chassant grossièrement Robert Mitchum et David Lean en plein tournage de « La Fille de Ryan « . De là, ils arpenteront les lacs à cygnes de Killarney, leurs châteaux, leurs futaies rescapées de la manie gaélique du défrichement. Mais auparavant, le 3 juin, le couple a fait une incursion au nord, vers une autre péninsule, la terre brûlée du Connemara.

Cashel House, leur nouvel hôtel sur la baie homonyme, est masqué de la route par un jardin digne d’Uzès. Quelques connaisseurs viennent parfois, et s’enquièrent de la chambre du « Général ». « Il y en occupait deux », sourit le réceptionniste qui vous fait visiter de bonne grâce, « celle-ci pour travailler… l’autre pour dormir « . Le lit n’est pas le bon : Dublin en avait dépêché un de 2 m 13, aux mensurations gaulliennes. Les Irlandais avaient l’habitude : leur président, Eamon de Valera, avait la même taille.

Plutôt Valera que le Valérien

Un panneau signale pieusement l’endroit où Charles contemplait la mer, pendant que Flohic pêchait la truite et qu’à Clifden, la ville voisine, Yvonne achetait de quoi tricoter, pour passer le temps, pendant que son mari rédigeait ses « Mémoires d’espoir « . Ici, vous goûterez des paysages plus austères, les étendues de fange somptueuse, les briques de tourbe, tranches luisantes comme des fondants au chocolat. Autour des Twelve Bens, ces monts qui forment le noyau du Connemara, les routes sont compliquées, échancrées de balcons sur la mer, sur des lacs bleu prune, ou ceux, rouillés et écumeux, où se mire la belle abbaye de Kylemore… tout cela peuplé par le battement d’ailes des pétrels et des busards, et ces moutons de pré-salé plongeant dans une crissante touffe d’ajoncs. De Gaulle boudait leur viande savoureuse, depuis qu’il avait offert son agneau de compagnie pour amuser les bambins d’un orphelinat – qui l’avaient préféré en gigot… Il boude aussi la chaumière d’un autre héros de l’indépendance irlandaise, celle du poète Padraig Pearse, fusillé après la révolte de Pâques 1916 contre Londres.

Le 17 juin, nos touristes ont fait leurs valises et roulent vers Aras an Uachtaráin, la « Maison-Blanche irlandaise  » de Dublin. Ils y sont accueillis par Valera, le vieux révolutionnaire. Fêté par des octogénaires condamnés à mort pour rébellion contre l’Angleterre, le rebelle de 1940 oublie qu’on est ce fatidique 18 juin, commémoré au mont Valérien – sans lui. Une rencontre avec le clan McCartan, et déjà de Gaulle remonte dans son Mystère, pour reprendre le ciel. Vers Saint-Dizier.

Extrait du journal des echos.fr      Dominique de La Tour

 

 

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